jeudi 12 avril 2018

UN ECLAT DE GIVRE D'ESTELLE FAYE #SCIENCEFICTION

Paru en poche le 05/10/2017
#ISBN:978-2070469864
352 pages
livre numérique
Edition Folio SF

Paris devenue ville-monstre, surpeuplée, foisonnante, étouffante, étrange et fantasmagorique. Ville-labyrinthe où de nouvelles Cours des Miracles côtoient les immeubles de l’Ancien Monde. Ville-sortilège où des hybrides sirènes nagent dans la piscine Molitor, où les jardins dénaturés dévorent parfois le promeneur imprudent et où, par les étés de canicule, résonne le chant des grillons morts. Là vit Chet, vingt-trois ans. Chet chante du jazz dans les caves, enquille les histoires d’amour foireuses, et les jobs plus ou moins légaux, pour boucler des fins de mois difficiles.

Aussi, quand un beau gosse aux yeux fauves lui propose une mission bien payée, il accepte sans trop de difficultés. Sans se douter que cette quête va l’entraîner plus loin qu’il n’est jamais allé, et lier son sort à celui de la ville, bien plus qu’il ne l’aurait cru.

En 2018, j'ai décidé de me mettre à jour dans tous les ouvrages (ou presque) d'Estelle Faye! C'est donc au tour d'un eclat de givre de passer entre mes mains!

Ce livre, j'en ai entendu parler maintes et maintes fois, notamment avec Elphrya qui a eu un coup de coeur absolu en le lisant à sa sortie! Mais je résistais à l'appel, lui expliquant que je voulais d'abord lire Porcelaine.. Finalement, je ne l'ai pas encore fait :)

Estelle écrit toujours sur des thèmes différents (la chute d'un empire avec les Seigneurs de Bohen, un conte chinois avec Porcelaine, une visite de la mythologie romaine avec la voie des oracles, ou encore du space opéra avec son roman Les nuages de Magellan qui sortira cette année).
J'avais envie de post apo, c'est pourquoi j'ai décidé de me diriger du côté de Givre!

Cela fait maintenant un mois que je l'ai lu, et avec ce recul, je dois dire que j'ai été très contente de ce voyage. Ce qui m'a le plus frappé dans ce roman, c'est l'ambiance et la ville de Paris revisitée! Je ne suis pas une fan de la capitale, mais je dois reconnaitre que j'ai eu envie de mieux la connaître pour encore plus facilement m'immerger dedans, même si les descriptions faites étaient très visuelles! J'imaginais à chaque fois la réaction d'Elphrya qui vit là bas et je pouvais encore mieux comprendre son enchantement à sa lecture!
"la zone humide du périphérique est infestée de moustiques, des nuages mouvants qui vrombissent au dessus des étangs, des bosquets de lys et de roseaux. Cà et là surnagent, tels des îlots de goudron strié de raies blanches, des restes de l'ancienne double quatre-voies, de la route du 20e siècle. [...] Il parait qu'autrefois, les hommes fonçaient sur le Périphérique plus vite que notre vieux métro."

Paris devient un personnage en lui même. La canicule frappe, c'est moite, et surtout Paris n'est plus du tout Paris. La fin  du monde a eu lieu, laissant une France dans un état vraiment loin de celui que l'on connaît. Tout a disparu à l'exception de quelques villes, et encore, tout a changé. Ainsi,on découvre que le périphérique est devenue une zone très humide, infestée de moustique et de dangers toxiques ; que certains endroits de Paris, connus du tourisme, sont cachés par la flore qui a repris ses droits (comme on peut le voir d'ailleurs sur la couverture) et qu'il faut être prudent puisque de nombreux lieux sont dorénavant minés...


J'ai vraiment aimé ressentir cette nouvelle capitale, et j'ai trouvé l'écriture d'Estelle Faye encore une fois soignée pour nous donner de nombreux petits détails.

Je m'appelle Chet. J'ai 23 ans, nous sommes le 6 Juillet 2267. Deuxième moitié du vingt-troisième siècle. Mon siècle.

L'histoire est écrite à la première personne et nous découvrons ce récit à travers le personnage de Chet. Androgyne et chanteur de jazz, on ne comprend qu'au bout de quelques pages que c'est un homme. Chet est solitaire, et survit dans cette jungle parisienne. Il cherche l'amour, et j'ai pu comprendre suite à une explication de la part d'Estelle (que je remercie pour nos échanges toujours intéressants pour moi) que le petit détail qui m'énervait ne faisait en fait que représenter un trait de caractère de Chet. En effet, pendant tout le roman, je m'agaçais en le voyant penser "ma sirène, mon pianiste, ma garçonne..." comme si les gens lui appartenaient. Or, c'est surtout un moyen de montrer qu'il s'accroche à un espoir fou, l'amour, et qu'il a besoin de gens autour de lui tout en conservant sa liberté. Chet est jazziste, et instruit. D'ailleurs ses parents ont décidé de lui donner ce prénom en mémoire de Chet Baker, un jazziste du 20e siècle. Estelle Faye glisse de nombreuses références musicales, que je n'ai personnellement pas saisi, n'étant pas une amatrice de ce style de musique. Chet est un homme libre, dans sa sexualité tout comme dans ses actions.

"Je sais déjà que je vais me réveiller en pleine canicule. Rien que cette pensée me déprime. Il parait qu'il y a une nouvelle drogue dans les rues, qui permet de résister à la chaleur.


Chet va devoir mener l'enquête sur une nouvelle drogue qui circule dans Panam : la Substance. C'est une réflexion très intéressante que nous livre Estelle, et qui pourrait totalement se réaliser ! Vu le réchauffement climatique, je ne serai pas surprise qu'un tel placebo soit crée un jour ou l'autre! Et avec cela, je me suis mise à me poser de nombreuses questions : si les consommateurs ne ressentent plus la canicule, ils vont mourir plus vite : insolation, déshydratation, etc etc! c'est assez flippant d'imaginer cela!

"Dans l'Enfer, si on est séparé, tu vas trouver Virgile. Un petit blond bouclé. Il habite la Maison du Gardien, au dessus de l'entrée principale des catas. Des catacombes."

A travers ses recherches, Chet va nous entraîner dans de nombreux sites parisiens, et nous allons croiser pas mal de monde. Celui qui m'a le plus marqué est probablement Virgile, qui gère l'entrée de l'Enfer. Et là, bim!! Même sans avoir lu l'oeuvre de Dante, on ne peut que penser à cette dernière "la divine comédie". Estelle Faye est loin d'être en reste concernant les références culturelles, et c'était vraiment agréable de voir comment elle les intégrait à son récit !

L'écriture est vraiment top, alors que dans les Seigneurs de Bohen elle prend le temps de détailler les actions, en faisant par là même des phrases plus longues, dans Givre, au contraire, les phrases sont très courtes, percutantes, suivent la musicalité du jazz et en même temps nous font ressentir l'urgence de la situation.

Et ce qui m'a aussi plu, tout comme dans Bohen ou encore la voie des oracles, c'est l'incursion de créatures surnaturelles; Je pense ici aux sirènes, qui sont pleines de mystères, on est complètement happé par elles tout en s'en méfiant comme de la peste!

Je pourrai encore vous parler d'autres éléments mais je ne voudrai pas vous gâcher le plaisir de découvrir ce roman. Je vais donc m'arrêter ici pour ma chronique, en espérant, bien évidemment, vous avoir donné envie de le lire.



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